Et si le véritable luxe n’était pas l’argent ou les voyages lointains, mais simplement… le temps ?
Dans un monde où tout va vite, prendre une pause pour se faire plaisir semble presque un acte de résistance. Cet article vous invite à réfléchir au rôle du plaisir dans nos vies, à redécouvrir l’art de ralentir et à transformer vos journées grâce à de petites habitudes simples. Préparez-vous à changer de regard sur vos instants du quotidien.
Le plaisir, un art souvent oublié
Le mot « plaisir » fait parfois sourire ou gêne presque.
Certains y associent la culpabilité : « je n’ai pas le temps de penser à ça », « j’ai trop de responsabilités », « ce n’est pas raisonnable ». Pourtant, il n’y a rien de plus raisonnable que de se faire plaisir.
Le plaisir, ce n’est pas uniquement consommer ou céder à un caprice. C’est bien plus subtil. C’est se reconnecter à ses sens, à ce qui nous fait du bien, à ce qui nous élève. C’est apprendre à ralentir, à se poser, à savourer.
Mais pour y parvenir, il faut parfois réapprendre. Réapprendre à goûter son café ou son thé du matin au lieu de l’avaler machinalement. Réapprendre à marcher sans but, juste pour sentir l’air sur sa peau. Réapprendre à écouter une musique sans rien faire d’autre en même temps.
Préparer son plaisir : l’exemple du matin
Un exemple très simple illustre parfaitement cette idée : le matin avant d’aller travailler.
Combien d’entre nous sautent du lit, se pressent dans la salle de bain, avalent à toute vitesse un café tiède, puis partent déjà essoufflés ?
Pourtant, il suffirait parfois d’un petit geste : préparer ses affaires la veille. Choisir sa tenue, ranger son sac, anticiper les petites tâches qui encombrent l’esprit.
Le lendemain, tout devient plus fluide. On se réveille sans courir après la montre, et soudain, il reste dix précieuses minutes. Dix minutes pour s’asseoir à table, respirer, savourer son thé, sentir la chaleur de la tasse entre ses mains, regarder par la fenêtre, flâner un peu dans ses pensées avant d’affronter la journée.
Ce n’est pas seulement un café : c’est un rituel. Et ce rituel, aussi simple soit-il, change tout. Il ne s’agit pas d’une perte de temps, mais d’un gain de vie.
Le plaisir du patrimoine : une immersion totale
Récemment, j’ai eu la chance de participer aux Journées du Patrimoine à Paris. Deux jours de découvertes, de balades, de rencontres. Et là encore, j’ai pris conscience de l’importance du plaisir.
Le plaisir de la curiosité d’abord : pousser une porte habituellement fermée, entrer dans un lieu chargé d’histoire, s’émerveiller de ce que des siècles d’humanité ont laissé derrière eux.
Le plaisir des sens ensuite : marcher dans les rues, s’arrêter pour goûter un plat, respirer les odeurs, écouter le brouhaha des conversations, observer les lumières de la ville.
Mais aussi le plaisir de ralentir. À Paris, tout semble aller vite. Pourtant, durant ce week-end, j’ai choisi de prendre mon temps. De m’attarder dans une cour, de lever les yeux sur une façade, de m’asseoir simplement sur un banc pour regarder les passants. Et ce fut un plaisir total, un plaisir à tous les niveaux.
Ce voyage m’a rappelé que le plaisir naît souvent dans la disponibilité intérieure. Dans la capacité à se rendre présent à ce qui est là.
Une petite histoire du plaisir
Le plaisir n’a pas toujours été perçu de la même façon. Dans l’Antiquité, par exemple, Épicure prônait une philosophie du plaisir raisonné. Contrairement à l’image parfois caricaturale qu’on en a, il n’encourageait pas l’excès ou la débauche. Pour lui, le plaisir véritable résidait dans la simplicité : une vie sobre, de l’amitié, la contemplation, la paix de l’esprit.
Plus tard, au Moyen Âge, le plaisir a souvent été perçu avec méfiance, parfois même comme une tentation à éviter. Le corps et ses désirs étaient jugés suspects. Le plaisir devait être limité, contrôlé, encadré.
À la Renaissance et à l’époque moderne, des penseurs comme Montaigne ont redonné au plaisir une valeur positive. Montaigne écrivait : « Le plus fructueux et naturel exercice de notre esprit, c’est à mon gré la conférence. J’y trouve le plaisir le plus fructueux. » Pour lui, converser, se cultiver, profiter des choses de l’esprit et du corps faisait partie de l’art de bien vivre.
Plus tard encore, Rousseau valorisait la nature, la promenade, le retour à la simplicité. Pour lui, le plaisir était lié à l’authenticité, à la liberté, à la vie en accord avec soi-même.
Ces héritages nous rappellent que le plaisir, loin d’être un caprice, est au cœur de la réflexion humaine depuis toujours. Et que, malgré les époques, une idée revient sans cesse : le plaisir véritable est dans la simplicité et la présence à l’instant.
La science du plaisir : quand ralentir fait du bien
Aujourd’hui, la science confirme ce que les philosophes avaient pressenti. Des études en psychologie et en neurosciences montrent que le plaisir, lorsqu’il est intégré consciemment, a de nombreux bénéfices :
- Réduction du stress : prendre du temps pour soi diminue le taux de cortisol (l’hormone du stress). Les rituels de plaisir, même simples, ont un effet apaisant sur le système nerveux.
- Activation de la dopamine : cette molécule du bien-être est sécrétée lorsqu’on vit une expérience agréable. Contrairement aux plaisirs artificiels et rapides (scroll sur les réseaux, achats impulsifs), les plaisirs profonds et conscients activent une dopamine plus stable et durable.
- Renforcement de la mémoire positive : savourer un moment en pleine conscience (comme déguster un repas, marcher dans la nature) améliore la mémorisation et crée des « ancres émotionnelles » positives.
- Meilleure santé globale : des études en médecine comportementale montrent que les personnes qui prennent le temps de vivre des instants agréables ont une meilleure régulation cardiovasculaire, dorment mieux et renforcent leur système immunitaire.
En résumé, ralentir et se faire plaisir n’est pas seulement agréable, c’est aussi bon pour la santé.
Ralentir pour mieux vivre
Nous courons après le temps, mais le temps ne se rattrape pas. Nous le savons tous, et pourtant nous nous obstinons à remplir nos journées jusqu’à la dernière minute, comme si ralentir était une faute.
Or, ralentir n’est pas perdre du temps, c’est le gagner. C’est donner de l’espace à la vie. Car le plaisir a besoin d’espace pour s’installer. Il ne supporte pas l’urgence, l’impatience, la précipitation.
Prendre le temps, ce n’est pas forcément partir en vacances ou bloquer une journée entière. Cela peut se jouer dans les interstices du quotidien :
- Savourer un fruit en fermant les yeux.
- Lire quelques pages d’un livre dans le silence.
- Prendre une douche en se concentrant sur la chaleur de l’eau.
- Écouter son enfant raconter sa journée sans penser déjà à la suite.
Ces plaisirs simples, à portée de main, changent radicalement notre rapport au temps.
Se faire plaisir sans culpabilité
Un autre frein au plaisir est la culpabilité. Beaucoup se disent : « je n’ai pas le droit », « je n’ai pas mérité », « ce n’est pas productif ». Mais pourquoi faudrait-il mériter le plaisir ? Pourquoi faudrait-il attendre un week-end, une réussite, une récompense pour s’autoriser à être bien ?
Se faire plaisir, ce n’est pas être égoïste, c’est prendre soin de soi. Et prendre soin de soi, c’est aussi mieux prendre soin des autres. Une personne apaisée, nourrie intérieurement, est plus disponible, plus douce, plus attentive.
Se priver sans cesse, au contraire, finit par générer frustration, tension, amertume. Alors que s’offrir régulièrement de petits plaisirs agit comme une recharge émotionnelle.
Le plaisir comme philosophie de vie
Au fond, le plaisir pourrait devenir une véritable philosophie de vie. Non pas une recherche effrénée de sensations fortes, mais une attention à la beauté du quotidien.
C’est choisir de regarder le ciel au lieu de fixer son téléphone.
C’est prendre le temps de bien présenter son repas, même si on mange seul.
C’est écouter la pluie tomber avec gratitude.
C’est rire d’un rien.
Il n’y a pas besoin de circonstances exceptionnelles pour éprouver du plaisir. Tout est déjà là, à condition de ralentir et d’ouvrir les yeux.
Trois pistes pour cultiver le plaisir au quotidien
Pour concrétiser cette philosophie, voici trois pistes simples à expérimenter :
- Créer des rituels de lenteur : le matin, le soir, ou à la pause déjeuner, choisissez un moment qui devient un rendez-vous avec vous-même. Pas d’écran, pas de distraction. Juste un instant de pleine présence.
- Préparer l’espace du plaisir : comme l’exemple de préparer ses affaires la veille, anticipez pour libérer du temps. Plus vous enlevez les contraintes, plus vous laissez de place au plaisir.
- Honorer les petites choses : transformez les gestes ordinaires en sources de plaisir. Un café, une marche, une conversation… tout peut devenir un moment précieux si on le vit avec attention.
Conclusion : le courage de savourer
Prendre son temps, se faire plaisir, ce n’est pas céder à la paresse. C’est avoir le courage d’aller à contre-courant d’une société qui valorise uniquement la vitesse et la productivité. C’est dire oui à la vie, oui à soi, oui à la beauté des instants.
La prochaine fois que vous serez tenté de vous précipiter, rappelez-vous ceci : la vie ne se vit pas en courant, elle se vit en savourant. Et si vous commenciez dès demain matin, autour d’un simple café, pour mieux le goûter ?
Parce qu’au fond, le plaisir, c’est cela : apprendre à être pleinement présent, ici et maintenant.
Et vous, comment intégrez-vous le plaisir dans votre quotidien ? Avez-vous des rituels ou des petits instants précieux qui vous aident à ralentir ? Partagez vos expériences en commentaire et diffusez cet article autour de vous : c’est ensemble que nous réapprendrons à savourer la vie.
Faites vous plaisir, prenez soin de vous !